L'histoire du reiki
Par Christophe le lundi, décembre 14 2009, 22:05 - Histoire du reiki - Lien permanent
Malgré le fait que j'ai décidé de laisser en ligne le site reiki dojo, sans aucun changement, je souhaite préciser ma vision actuelle par rapport à l'histoire du reiki. Je l'ai déjà fait plusieurs fois sur reiki dojo, mais je voudrais aujourd'hui pousser ma réflexion un peu plus loin.
Lorsque Hawayo Takata a diffusé le reiki dans les années 70, elle a raconté une histoire du reiki que tout le monde connaît. Selon cette histoire, Mikao Usui était pasteur chrétien et fondateur de l'université de Doshisha. Lors de l'étude du passage de l'évangile de Marc où il est question de guérir par imposition des mains, un étudiant s'interroge sur cette pratique. Puis Usui parcourt le monde à la recherche de cette technique et finit par découvrir le reiki. Cette histoire est encore aujourd'hui enseignée par certains maîtres.
D'autres maîtres ont enquêté sur le sujet pour se rendre compte qu'il n'y avait aucune trace de Mikao Usui dans les archives de l'université de Doshisha. À partir de là, quelques personnes se sont mises en quête de la véritable histoire du reiki, et ils n'ont, dans un premier temps, rien trouvé. Plus tard, un certain nombre d'éléments ont vu le jour. De cela découle la nouvelle histoire du reiki, l'histoire du reiki traditionnel japonais présentée sur mon site reiki dojo. Bien entendu il existe diverses variantes d'une école à l'autre. Ces histoires sont basées sur divers éléments, la stèle funéraire d'Usui, le manuel d'Usui, le livre du Kaiji Tomita, une interview de Shouoh Matsui, … Si peu que l'on regarde les choses objectivement, cette histoire comporte autant d'incohérences que celle de Takata.
Déjà le contenu de la stèle funéraire suggère que Mikao Usui était un personnage doté d'une relative célébrité, qui aurait initié plus de 2000 personnes. Pourtant, on ne retrouve pratiquement aucune trace de la vie d'Usui, contrairement à ses contemporains (par exemple Mokichi Okada, Toshihiro Egushi, Onisaburo Deguchi) pour lesquels il existe de nombreux documents, papiers, correspondances, livres, attestant de ce qu'ils ont accompli durant leur vie. À vrai dire, le contenu même du mémorial ne correspond absolument pas à ce que l'on trouve en général sur ce genre de monument, mais ressemble plus à la biographie que les Occidentaux attendaient. James Deacon, maître reiki anglais émet l'hypothèse que ce monument pourrait être un faux érigé dans le milieu des années 80.
Il en va de même pour tous les autres éléments retrouvés de la vie de Mikao Usui. Le manuel d'Usui n'existe qu'en japonais moderne (il aurait été compilé dans les années 70 par le Gakkai) et même s'il était en japonais ancien, il pourrait tout autant être un faux. Le livre de Kaiji Tomita qui aurait été publié dans les années 20, réédité en 1999 décrit des pratiques issues du qi gong alors inconnues au Japon, … De même, la pratique du reiki traditionnel japonais est constituée essentiellement de pratiques qi gong (qui je le rappelle étaient inconnues au Japon avant les années 70) et de pratiques de reiki occidentales affublées de noms japonais. Cela, qu'il s'agisse de l'enseignement des maîtres prétendant avoir des liens avec le gakkai ou de ceux qui affirment avoir étudié avec des nonnes tendaï, élèves de Usui. Je ne parle même pas des photos, il va de soit que l'on peut faire dire ce que l'on veut à une image. En bref, l'histoire du reiki est écrite par des maîtres reiki et son développement tient plus du marketing que de la rigueur que l'on demande à un historien. Potentiellement tous les éléments fournis comme preuves peuvent être des faux. C'est d'ailleurs une évidence pour la plupart d'entre eux totalement farfelus ou anachroniques.
Il est également important de prendre en compte l'aspect profondément patriarcal de la société japonaise. Cet aspect, en place depuis le développement du néo-confucianisme, s'est même renforcé pendant l'ère du Meïji. La encore, l'histoire racontée par Takata est improbable. Dans les années 30, aucun japonais connaissant une tradition initiatique n'aurait élevé une femme au rang de maître. Et ce qui est vrai pour Hawayo Takata l'est également pour Chiyoko Yamaguchi et Kimiko Koyama. Yamaguchi prétendait avoir été initié à la maîtrise reiki en 1938 par Hayashi et a fondé le jikiden reiki. Koyama se présentait comme étant la présidente du gakkai et prétendait avoir été initiée au niveau de shinpiden par Taketomi en 1927. Cela ne m'a pas empêché de croire à l'authenticité du reiki japonais pendant des années, mais dès que je me suis intéressé un peu sérieusement au sujet, je me suis vite rendu compte que cette histoire ne tournait pas rond.
Si l'histoire du reiki racontée par Takata est fausse, l'hypothèse la plus vraisemblable est que sa filiation est un mythe, même s'il est vrai que l'idée d'un maître ayant vécu il y a un siècle au Japon est plus romantique et que l'on peut être tenté d'y croire. Selon elle, Mikao Usui initie Chujiro Hayashi à la maîtrise puis il meurt, Hayashi l'initie, puis il meurt et avec lui, le reiki disparaît totalement du Japon à cause de la seconde guerre mondiale. Ensuite, pourquoi attendre les années 70 pour enseigner le reiki alors que selon son histoire elle est maître depuis la fin des années 30 ? Cela ressemble tout de même à une belle histoire pour justifier le fait invraisemblable qu'elle n'a pas inventé le reiki, mais qu'elle est malgré tout seule au monde à connaître cette pratique.
Si peu que l'on prenne du recul, l'analyse de cette histoire laisse fortement penser que Takata a inventé le reiki. Pourtant, pour l'ensemble de la communauté reiki, le fait d'attribuer la paternité du reiki à Usui reste un postulat inébranlable. Cependant, il y a encore quelques années, Usui était un pasteur protestant. Aujourd'hui, selon les affinités de chacun, il était tendaï, shingon, zen, shintoïste, … Il ne serait pas étonnant que d'ici quelques années, l'histoire d'Usui soit considérée comme un mythe. C'est de loin l'hypothèse la plus crédible. Surtout lorsqu'on connait l'histoire de Joseph Hardy Neesima le véritable fondateur de l'université de Doshisha.
Commentaires
Avez vous jamais pensé à la possibilité,au départ,d'une connexion possible avec le Qi Kong médical chinois beaucoup plus ancien?
Merci d'avance de me répondre à mon email.
Sylvie.
Les pratiques qi gong que l'on trouve dans le reiki japonais sont entre autre inspirées du genkyoku qi gong. Cette forme de qi gong existe effectivement depuis 800 ans en Chine, mais a été importée récemment au Japon par Jiho Otsuki.
Tout ceci est fort intéressant. Les recherches ont le mérite d'éclaircir pas mal de points qui peuvent sembler flous, contradictoires, angéliques ou naïfs.
En ce qui me concerne je ne suis ni naïve ni scientifique, ni journaliste ni romancière, ni historienne ni branchée New Age.
Pourtant j'ai beaucoup lu et réagi concernant les histoires du reiki...
Au point d'en venir même au stade de réflexion: le reiki serait une invention, un produit de consommation, une arnaque, j'ai été flouée!!
Enfin après la tornade intérieure revient le calme et les réponses se présentent à moi: que la méthode soit inventée ou redécouverte, par un chrétien ou un bouddhiste, qu'elle soit un dérivé ou une branche de telle école ou telle autre chinoise, japonaise ou tibétaine importe peu.
Ce qui compte, c'est l'efficacité aujourd'hui, des protocoles et des exercices.
Seul le résultat nous donne la certitude.
Seule l'évolution sur tous les plans de notre existence nous donne les évaluations nécessaires.
A mettre à jour au quotidien, comme précisé avant chaque principe.
Seul ce jour compte.
Le passé n'est plus, il avait sa raison d'être mais on ne doit pas perdre de temps en s'y accrochant, surtout si ce n'est que pour faire des analyses stériles.
La tradition est un concept qui appartient à chacun, en fonction de ses expériences.
Elle ne doit pas nous servir d'entrave mais plutôt de tremplin.
Et n'oublions pas que demain sera meilleur si nous pratiquons, ne serait-ce que les principes du premier degré. Alors le passé s'allégera!
Un commentaire lu sur l'Internaute à propos de la fameuse citation de Socrate "Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien" :
"Je ne sais rien et ne saurais jamais rien. Tout ce que je sais n'est jamais que concept et spéculation. Ce qui est, est connaissance au-delà de toute connaissance intellectuelle. C'est en abandonnant toutes mes certitudes, y compris celles de ne rien savoir, que l'évidence peut apparaître." (04 mai 2010)
J'ai pour habitude d'enseigner en stage d'abord "la Légende du Reiki" et ensuite "l'histoire probable du Reiki" et déjà, ça en défrise certains ... Je me rends subitement compte que même cette version est peut être inexacte. Comme quoi ...
Ne pas s'ancrer à ses certitudes, rester ouverts d'esprit et toutefois vigilants, appliquer du mieux possible les principes du Reiki, démontrer par l'exemple que le Reiki est une pratique honorable, et pratiquer, pratiquer, pratiquer ... comme l'aurait dit Mme Takata.
Seul le résultat donne la certitude.